KYOTO – octobre/novembre 2018

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« Imaginez une ville qui soit à la fois aussi mystique et sublime que Pagan, aussi riche et bourgeoise que Bordeaux, aussi technologique et chaotique que Seattle : pour autant qu’une telle mixture soit imaginable, c’est ce qui évoque le mieux Kyoto ».

– Amélie Nothomb – La nostalgie heureuse

 

PNC aux portes, désarmement des toboggans, vérification de la porte opposée.

Bienvenue à Kyoto, la température au sol est de 20 degrés, et le ciel est totalement dégagé !

 

(toutes les photos sont perso, prises par mes soins…)

Lorsque l’on arrive à Kyoto, on ouvre ses guides de voyages pour regarder les pages que l’on a cornées, le nom des lieux que l’on a surlignés ; les marque-pages soigneusement calés nous invitent à faire comme tout le monde : aller visiter les « incontournables ».

鹿苑寺 – KINKAKU-JI – Le Pavillon d’Or – 鹿苑寺

C’est ainsi que l’on se retrouve face au KINKAKU-JI, temple bouddhiste construit en 1397, et classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Le complexe est très grand…

Il n’y avait pratiquement personne ce jour-là, j’ai profité de conditions idéales, doublées d’un soleil radieux, pour voir se refléter KINKAKU-JI dans son étang, au beau milieu d’un jardin de pins, symboles de santé et de longévité, qui lui sert d’écrin. Ce jeu de miroir accentue la beauté du Pavillon…

Après un incendie lié au suicide d’un jeune moine en 1950, le pavillon a été reconstruit et recouvert de feuilles d’or (d’où son nom).

Le jardin invite à la promenade, sur des chemins où il fait bon flâner entouré d’érables d’un rouge éclatant à cette période de l’année.

On y croise des statuettes représentatives de Bouddha, qui accueillent les offrandes des promeneurs.

Au terme de cette jolie balade, on arrive à la Maison de Thé, qui, par la simplicité de ses matériaux, contraste agréablement avec le Pavillon d’Or… La Maison de thé n’est plus ouverte, mais une terrasse permet de se poser.

Puis à la sortie, un petit temple où l’on allume bougies, encens, où l’on fait prières et vœux…

Certes KINKAKUJ-I est éblouissant, mais peu discret : il ne fait donc pas l’unanimité au sein des japonais, qui lui préfèrent Le Pavillon d’Argent, et je ne leur donne pas tort…

 

 

銀閣寺 – GINKAKU-JI – Le Pavillon d’Argent – 銀閣寺

L’objectif du premier marque-page rempli, on va visiter GINKAKU-JI, construit en 1489 sur le modèle du Pavillon d’Or, mais qui ne sera finalement jamais recouvert de feuilles d’argent comme prévu.

Son jardin sec porte le nom de « Mer de sable d’argent ».

Les jardins de mousse que l’on emprunte à flanc de colline sont de toute beauté.

Pour venir et/ou repartir de Ginkakuji, on peut emprunter Tetsugaku no Michile Chemin des Philosophes.

哲学の道 – Tetsugaku no Michi – le Chemin des Philosophes – 哲学の道

Un magnifique sentier qui longe un canal du lac Biwa, arboré de part et d’autre de cerisiers et d’érables qui lui confèrent un charme fou.

Bien qu’extrêmement prisé par les touristes, j’ai eu la chance de parcourir ce sentier pratiquement seule, entourée d’une végétation particulièrement luxuriante !

Le chemin des philosophes doit son nom au philosophe Kitarô Nishida, qui venait chaque jour s’y promener pour méditer.

Autels avec statuettes en pierres, boutiques, cafés (très peu fort heureusement), et autres petits temples jalonnent cette promenade le long du canal.

C’est ainsi que j’ai découvert par hasard Otoyo Shrine, petit sanctuaire peu connu des touristes. 

– Otoyo Shrine –

Au beau milieu du chemin des philosophes, ce sanctuaire très discret est un havre de paix ; dédié aux souris, la légende raconte qu’Okoninushi, divinité de la religion shintoïste, aurait été sauvée du feu par l’une d’entre elles. 

Niché au bout d’une longue allée bordée de fontaines, de lanternes, de camélias, d’un mur de prières, le sanctuaire est protégé par deux souris qui montent la garde : l’une tient le parchemin de l’apprentissage symbolisant le savoir, l’autre une bouteille de saké, symbole de longévité.

Depuis Ginkaku-Ji, le Chemin des philosophes mène jusqu’au temple Nanzen-Ji, au terme d’environ 2 km.

 

 

南禅寺 – Nanzen-Ji – 南禅寺

On continue tranquillou vers Nanzen-Ji, l’un des cinq grands temples du bouddhisme zen, fondé en 1291, au pied des montagnes d’Higashiyama.

On entre par la porte Sanmon, un bâtiment en bois très imposant ; mais le plus surprenant en arrivant à Nanzen-Ji, ce sont les arbres flamboyants en cette saison automnale…

La visite se poursuit de ruisseaux en jardins, en passant sous un aqueduc improbable, qui amène l’eau du lac Biwa à Kyoto.

Plus loin se trouvent le Hall Dharma Hatto et le pavillon Dai-Hojo, mais, le plus saisissant reste la beauté des jardins (malgré les moustiques…)

Une fois qu’on a bien marché, cherché, flâné, observé, respiré, médité, et qu’on en a pris plein les pupilles, on se dit qu’on passerait bien à quelques nourritures plus substantielles, histoire d’exciter nos papilles…

 

 

うま味 – Un avant-goût d’Umami – うま味

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le gombo, ce légume très consommé en Afrique, est cultivé au Japon, mais sous une forme plus tendre que ceux que l’on peut trouver en France ou en Afrique. Les japonais le cuisinent souvent cru, mais il peut aussi être cuisiné en soupe miso.

Les yakitori – 焼き鳥 petites brochettes de poulet grillé (yaki signifie « grillé »).

Toutes les parties du poulet y passent : chair, peau, abats, même les cartilages et les crêtes ! c’est excellent…

Les Sashimi – 刺身  lamelles de poisson cru, & – Ikura – œufs de saumon

Les Sushi寿司 – poisson cru sur riz vinaigré ; on en trouve à tous les coins de rues en France, mais, même dans le meilleur restaurant de la ville, il est impossible d’en déguster d’aussi bons qu’au Japon.

Gyozas, ravioli, petites salades et bouchées en tout genre…tout est meilleur là-bas !

Tout ceci est excellent, évidemment ; mais la gastronomie japonaise réserve d’autres surprises et plaisirs gustatifs autrement plus surprenants et pittoresques, comme par exemple le Tepannyaki et le Yakiniku.

 

Le Tepannyaki – 鉄板焼き – & – le Yakiniku au barbecue – 焼き肉

Tepannyaki veut dire grosso modo « cuisson sur plaque chauffante » et Yakiniku, « viande grillée »

Pour le Tepannyaki, il n’y a pas d’ingrédients spécifiques, le terme désignant le mode de cuisson.

Notre commande se prépare sur une grande plaque chauffante, devant nous… un régale pour les yeux, avant toute chose ! c’est tout simplement extraordinaire.

Si Yakiniku signifie « viande grillée », il s’agit néanmoins d’une méthode de cuisson de la viande, sur une plaque ou au barbecue. Cette dernière vaut le détour ! Le barbecue (au gaz) trône au milieu d’une table basse autour de laquelle nous sommes installés très confortablement.

Ensuite, on n’en croit pas ses yeux… les plats commandés arrivent les uns après les autres, en petite quantité.

L’attention toute particulière portée à la présentation des aliments présentés dans différentes assiettes, rajoute à la beauté de cette expérience culinaire sortie tout droit d’un véritable rêve éveillé… (slurp).

porc...
boeuf de Kobe...
poulet...

Les viandes sont accompagnées de légumes divers et variés que l’on cuit également au barbecue, bière et saké complètent le plaisir du palais. A vivre !

Si vous avez la chance de connaître un Chef Japonais, comme notre ami Okomato-san, vous aurez l’opportunité de déguster des recettes originales que l’on ne trouve nulle part ailleurs et toutes plus délicieuses et incroyables les unes que les autres ; dans son petit Izakaya très intime, on mange sur des tatamis ou au comptoir, face à lui qui s’active tranquillou. Il faut réserver, mais on ne sait jamais de quoi le repas sera fait : poissons de rivière, laitance de morue en tempura, fleurs de gingembre, cèpes du Japon, chiffonnade d’algues, bonite mi-crue mi-fumée, gaufrette de riz, thé fumé, brochette de fleurs… ce sera selon son humeur et surtout selon ce que la saison peut offrir de meilleur en poisson et légumes, ça il y tient. Chez lui, pas d’œufs de saumon toute l’année, mais nous avons pu en déguster de succulents, car « en ce moment, les saumons remontent la rivière pour déposer leurs œufs là où ils sont nés, il faut composer avec la nature ». Un soir, nous avons eu tout un repas à base de Fugu du début à la fin, cuisiné « sous toutes ses coutures ». Okomato-san est un grand chef. Et sa cuisine est Umami.

Après ce petit intermède culinaire, revenons aux marque-pages qui nous attendent…

 

清水寺 – Kiyomizu-dera – 清水寺

Construit en 780 et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce complexe est franchement surpeulplé, notamment au printemps et en automne.

Situé à flanc de montagne, Kiyomizu-Dera se mérite ! les deux rues pour y parvenir (sannen-zaka & ninnen-zaka) sont charmantes mais très pentues et remplies de monde !!

Sannen-zaka & ninnen-zaka regorgent de petites boutiques traditionnelles, et notamment de boutiques de céramiques, d’ateliers de poterie…

On arrive directement sur la Pagode à trois étage, après avoir passé la porte Niō-mon. Beaucoup de visiteurs s’y prennent en photo.

Le bâtiment principal est construit sur pilotis, sans un seul clou, à 13 mètres au-dessus d’un gouffre, depuis lequel la vue sur Kyoto est magnifique !

On grimpe encore un peu et on arrive au sanctuaire Jishu-jinja, également inscrit au patrimoine mondial. Le lieu  est consacré à l’amour, on y vient faire le vœu de rencontrer l’âme sœur, on prie pour renforcer les liens amoureux, on y achète des porte-bonheur…

Puis lorsque que l’on est redescendu par d’interminables escaliers traversant montagnes, chemins d’érables et sous-bois, on se retrouve devant la cascade qui vaut au Kiyomizu-dera son nom : le Temple de l’Eau Pure.

Des touristes mais aussi et surtout des étudiants y viennent par centaines pour y boire l’eau sacrée de la cascade Otowa qui se divise en trois filets d’eau, symbolisant respectivement la santé, l’amour et les études.

Ça s’est fait. Il reste trois marque-pages, et il est absolument hors de question de quitter le Japon sans les avoir remisés à la poubelle… commençons tout d’abord par Kennin-ji.

 

 

建仁寺 – Kennin-Ji – 建仁寺

Fondé en 1202 et entouré de jardins zen, Kennin-Ji est très connu pour ses peintures intérieures.

On y admire l’œuvre de Tawaraya Sotatsu, peintre du XVIIème siècle, qui représente les dieux du Vent et du Tonnerre, Fujin et Raijin, réalisée sur fond d’or vers 1626.

Fujin, dieu du Vent
Raijin, dieu du Tonnerre

On peut aussi y admirer le plafond des Dragons Jumeaux, réalisé par Koizumi Junsaku pour célébrer les 800 ans du temple en 2002. Il s’agit d’une œuvre de 11 x 15 mètres, faite d’encre sur papier épais, et qui aura nécessité 2 ans de travail !

Mais que serait un voyage au Japon sans tester au moins un Onsen !?

温泉 – Le Onsen – 温泉

Le Onsen est un bain thermal dont l’eau volcanique est naturellement chaude… il y en a beaucoup au Japon.

Il y a deux règles que l’on ne peut transgresser : d’abord, les tatouages sont interdits (trop estampillés Yakuzas, ils sont très mal vus au Japon). Ensuite on se baigne entièrement nu, qu’ils soient intérieurs ou le plus souvent extérieurs, publics ou privés. Par ailleurs on vient s’y détendre, il est bienvenu de parler avec discrétion.

 

On en profite toute la journée et tardivement le soir ; les différents bassins sont en bois, en pierre, en marbre… et leurs eaux ont des températures, des couleurs, des « textures » différentes. Le dernier fut un bain extérieur, très chaud, l’eau était laiteuse et perlée, comme une eau gazeuse… waouh ! à faire !

Pour profiter d’un vrai Onsen, on part dans les montagnes pour bénéficier de l’eau volcanique réputée pour ses multiples vertus ! Vous pouvez éventuellement trouver de soit-disant Onsen en ville, mais vous vous baignerez dans une eau simplement chauffée. Ce serait franchement dommage…

Et après s’être ressourcé durant une pause de 24h00, on est zen et d’attaque pour aller visiter TENRYU-JI et sa forêt de bambous.

 

 

天龍寺Tenryu-Ji – 天龍寺

Fondé en 1342, il est l’un des plus grands temples de Kyoto. Encore une fois, les jardins sont incroyables.

Le jardin a gardé la même structure depuis sa création, superbement entretenu voire choyé, il est considéré comme le plus beau de Kyoto mais aussi du Japon. Temple et jardins sont bien sûr eux aussi, inscrits au Patrimoine mondial.

Comme dans tous les temples, on trouve des Omikuji près de certains sanctuaires; ce sont des petits papiers qui prédisent l’avenir et que l’on tire au sort tout simplement dans un distributeur. Si la prédiction n’est pas de bon augure, on les accroche aux arbres pour chasser le mauvais sort.

Comme partout au japon, l’arbre y est Roi !

 

Au-delà des jardins de Tenryu-Ji, on peut faire une très jolie balade dans la bambouseraie.

La balade n’est pas bien longue et l’on rejoint le village rapidement ; on peut y boire un verre dans un petit bistrot où l’on ne manque pas d’humour… (mention spéciale pour le code wifi !)

Une autre promenade très agréable, c’est celle qui permet depuis la station de métro Kiyomizu-Gojo, de rejoindre le quartier de Gion, en longeant la rivière Takase (Takase-gawa), sur la rive gauche de la rivière Kamo (Kamo-gawa).

 

Takase-gawa est un canal aménagé au XVIIème pour le transport et le commerce, et le trajet rappelle agréablement le Chemin des philosopes…

 

Il est jalonné de petits restos, troquets, maisonnettes traditionnelles, et lorsque l’on commence à s’approcher de Gion, quelques restaurants nous mettent l’eau à la bouche avec leurs devantures alléchantes !

Nous avons choisi bien évidemment le seul où les japonais font la queue sur une moitié de bâtiment !

Pas de photos sympas pour ce repas inoubliable, il faisait un peu trop sombre ; mais une petite vue avant l’ouverture, de l’autre côté de la rivière… On y mange tous ensemble sur une magnifique et imposante table en bois, les cuisiniers s’affairent devant nos yeux.

Lorsque l’on a remonté ce charmant chemin jusqu’au niveau de la station de métro kyoto-kawaramachi, il suffit de traverser Kamo-gawa pour se retrouver au cœur de Gion, le quartier historique, avec une grosse concentration de machiya (maisons traditionnelles en bois), de restos et de touristes. C’est aussi le quartier des Maïko (geicha « débutante »), qui sont très discrètes.

Gion vit surtout le soir, on se balade tranquillou dans les rues éclairées par des centaines de lanternes.

Nous voici au terme de ces trois semaines passées à Kyoto, j’ai réservé le meilleur pour la fin, le plus beau, le plus insolite, le plus resplendissant et le plus haut ! : Fushimi Inari-taicha.

伏見稲荷大社 – Fushimi Inari-taisha – 伏見稲荷大社

Fushimi Inari-taicha est un sanctuaire érigé en 711, connu pour ses milliers de portails oranges nommés Torii, que l’on traverse pour arriver au sommet de la montagne. L’ascension est longue (pas loin de 4 km !), c’est très haut et somptueux.

Le sanctuaire est dédié à Inari, déesse shinto de la « croissance du riz ». L’animal qui la représente étant le renard, on en croise des statues tout au long du chemin et dès l’entrée. La plupart du temps elles ont dans leur gueule un germe de blé ou la clé du grenier dans lequel on engrange les récoltes.

Ce ne sont pas moins de 10 000 Torii qui sont implantés sur plus de 850 000 m2 !

Inari étant la déesse de la « croissance du riz » et par extension celle du commerce et de la fortune, les Torii sont les dons de quelques particuliers, mais surtout d’hommes d’affaires, ou d’entreprises. Savoir que les inscriptions sur chacun des portails n’est ni plus ni moins que les noms des donateurs (qui y voient aussi un moyen de se faire un peu de publicité…), n’enlève rien au charme ni à la beauté des lieux.

 

À côté de tout cela, Kyoto a ses petites curiosités, ses petites surprises, ses côtés agaçants et attachants ; on peut…

Croiser des vélos absolument partout…

Contourner un carrefour sur 1km pour enfin pourvoir traverser…

Acheter des tissus formidables, certains imprimés à la main depuis toujours…

Délaisser les temples pour le Kyoto Art Center…

…ou pour voir de ses yeux vu, sa célèbre gare gi-gan-tesque et en avoir plein les mirettes en plus du vertige…

Trouver son bonheur pour peindre, faire de la calligraphie…

 

Passer des heures et des heures à Nishiki Market…

Immortaliser Kyoto Tower…

 

Se confronter aux toilettes publiques…

 

Dîner dans un teppannyaki en compagnie d’Audrey Hepburn placardée du sol au plafond…

 

Se chausser moderne ou traditionnel…

 

Trouver des masques à tous les coins de rues…

 

Admirer les noren…

 

Ne pas fumer dans la rue sous peine d’amende…

 

…mais se rattraper dans les restos !

Respecter les règles du matin au soir…

 

…et les transgresser avec discipline et poésie.

 

Flâner…., constater que le réseau électrique n’est pas enterré mais apparent, pas super esthétique mais de fait, plus accessible en cas de tremblement de terre…

 

Être attentif aux petits détails…

 

Trouver ici ou là devant les maisons et les restaurants, des petits tas de sel pour protéger des mauvais esprits…

Ouvrir l’œil…